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 Михаил Иванович Котов (Chaaaaat!)

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Mikhaïl Kotov
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MessageSujet: Михаил Иванович Котов (Chaaaaat!)   Mer 25 Fév - 4:58

Note de prononciation

En russe, kh se prononce grosso modo comme le ch allemand, le jota espagnol... ou comme le [ʁ] en français. Aussi bien dire que le k de Mikhaïl est muet sonne comme un h un peu roulé.

Chrono rapide

0 = Né à Khatanga dans le nord de la Russie
8 ans = Garde de la fratrie enlevé au père. Orphelinat
12 ans = Arrivé à Bethania, adopté par un couple américain
Armée = 17 à 23 ans
(1 week indoctrination and 9 weeks Basic Training, followed by Advanced Individual Training (AIT)
AIT during 6 months at 2 years!)
24 ans = commence des formations de mécanique automobile, se spécialise avec les motos. Formations de débosseleur peintre aussi
25 ans = entre dans les Libras
26 ans = Démentèlement des Libras – incarcération de Mik
34 ans = sortie de taule après 8 ans – ouvre son petit garage personnel


Les dates "Maudites":


5 Janvier: Accident dans l'armée
10 Janvier: Mort de ses parents adoptifs.
3 mars: Départ d'Ivan
29 juin: Adoption de Katya
7 juillet: Démantèlement des Libras
21 septembre: Adoption de Foka
10 octobre: Départ de Eva


Dernière édition par Elijah Adams le Jeu 26 Fév - 13:27, édité 1 fois
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Mikhaïl Kotov
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MessageSujet: Re: Михаил Иванович Котов (Chaaaaat!)   Mer 25 Fév - 8:55

Psychologie de Mimik..........

Avec ses trente-six balais, on peut dire que Mikhaïl en a vécu, des choses. Il a même un parcours plutôt chargé, mais s’en sort plutôt bien, même s’il reste une caricature sur patte, bourré de stéréotype… mais terriblement unique, en même temps.

Au premier contact, il semble souvent nonchalant, je-m’en-foutiste, voire carrément et complètement indolent. Généralement, la clope au bec, le regarde tranquille et sur, il dégage une aura d’assurance, de maîtrise, de force tranquille. Il est l’eau qui dort… et il dort profondément. Parce qu’il faudra sérieusement abuser pour le tirer de son inertie. Ce qui est bien, quelque part, car l’imbécile qui ira chercher cet homme et qui osera franchir ses limites devra savoir courir. Et vite. Parce qu’autant la patience du russe peut être impressionnante, autant quand il décide que c’est assez… Eh bien c’est assez. Et il ne laisse pas le choix. Loin de se déranger d’être dépourvu de pouvoir, il compte sur de solides techniques de combat corps à corps et l’expérience acquise pendant son service dans l’armée, mais aussi son temps en taule pour gérer les fouteurs de merde. Ce qui constitue un assez beau curriculum vitae qu’il n’a aucune espèce de remord à étaler sous le nez d’un emmerdeur. Alors avec un peu de chance, il se contentera de littéralement virer l’importun proprement et simplement hors de sa vue, cul par-dessus tête dans la poussière ou, dans le pire des cas, celui-ci se réveillera dans une chambre d’hôpital, la mâchoire cassé, un traumatisme crânien sur les bras et victime d’une perte de mémoire plus ou moins conséquente.

Mais pas d’inquiétude, il n’est pas le genre à s’acharner ou à tenir particulièrement rancœur aux autres, alors il pardonnera bien de l’avoir fait chier et offrira peut-être même un verre au malheureux quand celui-ci le recroisera… À moins que sa simple vu suffise à le faire fuir à l’autre bout de Bethania sous le regard… perplexe, quoiqu’un peu moqueur du russe.

Toutefois, si, par malheur, Mikhaïl entretient un ressentiment quelconque envers quelqu’un… Il tendra à troquer patience et nonchalance contre une attitude froidement tendue, voir belliqueuse. Et dans cet état, il en faut bien peu pour le faire démarrer aux chapeaux de roues, la moindre remarque négativement interprété (et dans ces moments il est terrible subjectif), un regard un peu de travers ou une simple attitude un peu déplaisante suffira amplement de prétexte.

Sinon, on l’aura remarqué, il est, normalement, bien peu soupe au lait. Toutefois, certaines choses ont le tour de le faire particulièrement pomper, de toucher une corde sensible. Et tout particulièrement tout ce qui est batteur de femmes ou d’enfants, séquelles de son enfance. Après, il y a tout dénigrement sur les Libras, sur ses frères de cœur… On comprendra aisément que c’est un sujet à éviter si on tient à garder tous ses morceaux. Enfin, le premier qui touchera sa moto, une Harley Davidson qu’il pomponne comme si elle était la plus belle chose au monde… Est irrémédiablement suicidaire… Sans parler de si qui que ce soit fait l’erreur de lui infliger la moindre éraflure. Aussi bien s’amuser à se tremper les pieds dans un sceau de vipères mécontentes. Elles seront assurément plus aimables et compréhensives que Mik.  

Pour le reste… Inutile de penser le trouver en l’attaquant sur son physique, son caractère ou en dénigrant sa vie. Il n’en a strictement rien à foutre, pire, il en rigolera.

Sinon, c’est un indépendant. Il fait ses trucs, mène sa vie comme il l’entend… Et se contre fiche des avis sur ses choix. Il considère qu’il a été assez privé de liberté comme ça et fera bien ce qui lui chante. D’ailleurs, la liberté est un concept… Particulièrement important pour lui. Et c’est aussi pour ça qu’il désapprouve fortement le Serpentaire et tout spécifiquement le programme Special Children qu’il considère comme une atteinte directe à la chartre des droits et libertés de chaque individu. Toutefois, il ne s’y oppose plus vraiment plus que via des paroles, ayant déjà donné dans le terrorisme et considérant que c’est bien assez. Les huit années en prisons ont été très longues pour l’homme et l’ont particulièrement refroidit. Il ne rechignera certes pas à magouiller quelques petites affaires avec des membres des gangs rebelles, mais ne s’impliquera plus que de façon fort secondaire. Et tant pis si certains s’en dérange.

Il a, ironiquement, perdu sa fougue altruiste, n’étant prêt à hypothéquer sa vie que pour un très petit nombre de personnes lui étant particulièrement chères. Les autres… Désolé pour eux, mais ils peuvent aller se faire foutre. Et profond.
Parce que oui, Mikhaïl est fondamentalement égoïste. L’univers peut se fouler s’il croit qu’il va bouger d’un pouce pour lui alors que c’est à son complet désavantage. C’est aussi un individualiste fini, il pense et fait ce qu’il veut, que ça en déplaise à quiconque. Et ce trait de caractère s’est particulièrement développé depuis la mort de presque tous ses frères de cœur, membres des Libras. La taule n’a certainement pas aidé, assurément.
Pour ne pas aider, il sait aussi être… Particulièrement manipulateur et pas nécessairement très franc, du coup. Il n’est pas trop le genre à avoir des remords ou des regrets… Et s’il veut quelque chose et que pour cela, il doit rouler quelqu’un dans la farine, eh bien il le fait. Et sans hésiter, en plus.

Et pour suivre ces optiques, il est aussi terriblement orgueilleux. Rien ne le vexe plus que de rater quelque chose, un objectif. C’est probablement pour cela qu’il ne touchera plus jamais une livre de recettes de desserts. Et s’il tendra à cacher cela aux gens, il sera dur de rater l’humeur renfrogné de l’homme

Et il ne se gênera pas pour dire bien franchement qu’il est un connard. Il s’assume très bien. Peut-être trop, même, vu qu’il n’en tire aucune gêne. Bon, au moins, il n’est pas le genre à se planquer derrière des illusions.

Non, parce qu’en fait, il est terriblement terre à terre. C’est un réaliste qui ne va pas aller se mettre des rêves irréalisables dans la tête. Avoir la poudre aux yeux, c’est pas son style et ça l’agace franchement chez les autres. Il y a peu de choses qui le blasent autant qu’un idiot illusionné qui fait du pelletage de nuages à longueur de journée sans capter exactement ce qu’il se passe autour. Et en général, il le dit et sans passer par quatre chemins. Dans la même optique, il ne se fait aucune illusion par rapport à lui-même, ayant parfaitement connaissance de ses propres travers, de ses défauts ou de ses faiblesses tout comme de ses forces et de ses qualités. Et il est le genre à analyser, mesurer tout ça avant de poser un geste.

C’est normalement une bonne oreille… Et discrète… Sauf s’il décide de vous faire chanter pour avoir quelque chose… Là, vous êtes dans la merde si vous avez été lui dire quelque chose de sensible. Pour ceux qui s’épargnent ce travers de la part du mécanicien, ils peuvent compter sur Mik pour emmener dans la tombe leurs secrets, les personnes étant réellement proche de lui s’épargnant avec un certain soulagement ses pires travers.

Que dire sinon? Déjà, le Bethanien d’adoption semble souvent… Assez sérieux. Alors qu’en fait, il aime bien ricaner. Les blagues salaces, trucs cocasses, jeux de mots plus ou moins louches… C’est le genre à aimer embêter les gens qu’il connait bien, leur balançant leurs travers dans la gueule avec un sourire gouailleur. Il apprécie l’ironie, l’humour noir, s’amuse du sarcasme.

Lâchons un peu la partie… caractère pour se ranger du côté des intérêts, désintérêts, passions, etc de notre trentenaire.

Déjà, comme on il l’a été mentionné plus haut, Mikhaïl voue presque un culte à sa Harley Davidson. Ça peut en sembler ridicule pour le commun des mortels, mais les véritables amoureux de motos le comprendront parfaitement. Et puis ce n’est pas n’importe quelles motos auxquelles il voue son adoration, mais vraiment les Harley. Les autres, il aime bien, mais sans plus et pas de quoi aller acheter chez un concessionnaire rival de son fabriquant fétiche. Et personne ne lui fera dire qu’une de ces foutues bécanes japonaises est meilleure que les Harley. C’est mort. Vous divaguez. Vous êtes des ignares!

D’ailleurs, il passe un peu trop de son temps libre… à l’entretenir. Il a dû la démonter en pièces détachées des dizaines de fois pour changer une minuscule pièce qu’il jugeait un peu trop usée… Alors qu’elle aurait pu aisément rester à sa place pour les 10 prochaines années sans problème. Mais il s’en fou, il aime ça et c’est toujours plus constructif que de s’abrutir devant une série télévisé débile!

Dans la même optique, le russe a développé une certaine passion pour tout ce qui est mécanique. Rien ne le décourage, quand il s’agit de la mécanique d’un véhicule motorisé et il entreprend chaque nouvelle réparation comme une énigme qu’il prend un malin plaisir à résoudre.  De même, après les motos, il aime particulièrement les véhicules d’époque et joue aussi dans la restauration, aimant bien faire en sorte de se rapprocher le plus possible du véhicule d’origine. Eh oui, où l’on verra un vieux tacot bon pour la casse, le russe y verra un attrayant terrain de jeux. C’est d’ailleurs bien pratique, tout ça, puisqu’il a quand même ouvert son propre garage.

Sinon, il a tendance à collectionner quelques vilaines habitudes de vie, c’est-à-dire qu’il fume un peu trop, qu’il boit plus que sa part et qu’il ne dort définitivement pas assez. Flemmard comme il le semble aux premiers abords, on pourrait croire qu’il dort des heures, mais ses nuits dépassent rarement les six heures de sommeils, il à la manie de boire tous les soirs après le boulot souvent plus d’un verre, appréciant particulièrement l’alcool fort, quoi qu’il ne rechigne jamais devant une bière glacée. Le vin le laisse de marbre. Il en boira à l’occasion, mais pas de sa propre initiative. Et voilà longtemps que la petite caissière de la tabagie du coin l’attend presque tous les matins avec son paquet de clopes préférés prêt sur le bord du comptoir. On a qu’une vie à vivre et il ne compte pas se faire chier.

Au moins, il mange très bien, peu gras, même s’il lui arrive d’avoir une rage d’hamburger. Il n’est généralement pas difficile, même si le chou-fleur est définitivement au-dessus de ses forces, ses années de diètes étant enfant l’ayant laissé peu critique sur les aliments. Quoiqu’il n’est pas du tout sucré. Il grignote rarement entre les repas, mais quand c’est le cas, ce sera généralement pour céder à l’appelle d’une poignée de noix et de fruits secs mélangés. Rien de trop dommageable, donc. Sinon, il se garde en forme via un entraînement sévère qu’il à conserver de son service dans l’armée, quoiqu’il doive porter une attention particulière à sa jambe gauche, définitivement plus fragile que la gauche et n’a pas trop le choix, s’il veut aller courir, de mettre une attelle, mais il prend tout ça assez positivement. Il aurait pu simplement crever, alors pas de quoi se lamenter sur une patte quelque peu impotente.  

C’est aussi le genre d’homme plutôt habile de ses mains. Un touche-à-tout. Il n’a aucun mal à manier une cloueuse ou une scie et on ne le verra jamais appeler un plombier. Il sait travailler et il est particulièrement soignée et appliquée dans ce genre de projets. Il a lui-même retaper une bonne partie du bâtiment qui lui serre autant de chez-soi que de lieu de travail et au coup d’œil, on pourra voir qu’il n’a absolument pas bâclé.

Il aime aussi particulièrement les couteaux et les armes à feu, les USA offrant quand même un large panel d’arme qu’il est possible d’acquérir en toute légalité. Il ne cache pas son faible pour les fusils à pompe et ne crache pas sur une partie de chasse. Dans le même genre, il nourrit un certain amour pour la Systema, un art martial russe particulièrement efficace où tout se joue sur l’économie de mouvement et la décontraction. Il a commencé à la pratiquer quand il avait 14 ans et ça lui a été bien utile à de nombreuses reprises.

Un autre truc, Mik n’apprécie guère le silence. Chez lui, il y a toujours la radio qui joue quand il ne met pas de vieux classiques de rock. Il fredonne souvent, absorber par ce qu’il fait ou parle tout seul, râle, critique, grognasse. Il a tendance à parler aux véhicules qu’il répare, se foutant de ce qu’on pourrait en penser. Il n’y a rien de plus défoulant que de sacrer et engueuler une machine qui ne fonctionne pas, alors il ne s’en privera pas. Il a une langage par moment très argotier, jure beaucoup et à la manie de trouver des surnoms russes au gens… Sans nécessairement leur en donner la signification.    

Sinon, le russe s’intéresse autant à la gente féminine que masculine. Il apprécie les femmes de caractères, toutes en formes, préférant largement une dame aux courbes pleines qu’un sac d’os sec. Ce n’est pas compliqué, il aime avoir de la matière à prendre dans ses grandes mains. Côté homme, les efféminés androgynes maniérés peuvent passer leur chemin. Les couche-culotte aussi. Il aime ses partenaires solides, expérimentés et pas chieur. Il lui arrivera de faire des exceptions, mais il y a moyen de les compter sur les doigts de la main. Dans l’action, il lui arrive de se montrer un peu égoïste, mais généralement, il préfère que son partenaire y prenne son pied également. Orgueil de mâle l’oblige.
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MessageSujet: Re: Михаил Иванович Котов (Chaaaaat!)   Sam 7 Mar - 2:47

Début de Bio  

Je suis né à Khatanga, en Russie, un des trous perdus les plus au nord du globe. De ce que je me souviens, un village côtier aux hivers polaires et aux glaces qui emprisonnaient le port misérable dans une chape de neuf mois par années. Rien de bien pittoresque, un ancien poste militaire du temps des soviétiques sur une terre aride où rodaient trop de chiens errants faméliques. J’étais le plus vieux d’une fratrie de trois, ayant un frère et une sœur. Mes parents n’étaient pas très heureux ensemble. Souvent, ils se disputaient, Eva, ma mère pleurait, mon père, Ivan, sortait en claquant la porte, faisant trembler le petit appartement aux murs en papier-carton. C’était souvent pour l’argent. Mon père avec un travail de miséreux dans une mine de charbon de la région et ma mère était coincée à la maison, ne trouvant personne pour nous garder pendant qu’elle irait travailler, du coup, elle lavait le linge des autres, des petits trucs comme ça, n’importe quoi pour ramener un peu d’argent. Avec le peu de revenu que tout cela générait, on manquait régulièrement d’électricité et les repas sur la table étaient souvent… Trop maigres et laissaient l’estomac sur sa faim. Je me souviens de nombreuses nuits, à se blottir avec Foka et Katya sous une couverture rêche pour éviter de mourir de froid, quand, en janvier, les températures moyennent jouaient dans les -33 degrés Celsius et qu’elle pouvait aisément laisser au petit matin un corps gelés et inerte à jamais. Mais même comme ça, on pouvait dire qu’on trouvait un certain bonheur à la vie. Les enfants savent se contenter de peu, se ravir d’un petit rien, et ce, même dans un univers trop rude et sale pour eux.

Et puis tout a commencé à basculer. Ma sœur n’avait pas un an quand Eva s’est tirée avec un autre mec. Moi, j’en avais cinq. Et je l’ai attendu comme un chien sur le pas de la porte… Pendant des heures, voir des jours, à fixer la porte, à me tenir proche, frémissant au moindre bruit derrière le battant défraichit, même si ce n’était rien de plus que les voisins qui revenaient chez eux. Ça me tenait éveillé des nuits durant, alors que les autres, trop jeunes pour comprendre, dormaient et que mon père était complètement apathique, lorsqu’il ne partait pas travailler, ne répondant pas à mes questions. En fait, je ne comprenais pas tellement non plus. Elle était partie. Mais… Pourquoi? Pourquoi elle ne revenait pas? Pourquoi on ne parlait pas avec papa pour aller la retrouver? Où était-elle? Qu’est-ce qu’elle faisait? Est-ce qu’elle pensait à nous? C’était une trahison inconcevable. Une mère ne pouvait pas faire ça. Elle ne pouvait abandonner sa progéniture. Pourtant, c’est ce qu’elle avait fait. Et ça signa un changement drastique dans mon existence, dans notre existence. J’arrêtai à ce moment-là d’être un gamin insouciant. J’avais la responsabilité de mes cadets. Un gosse qui s’occupe de deux bébés, tout bonnement.

C’était déjà rude, mais ça devint… Bien pire. Ivan se mit à boire plus que jamais jusqu’à se faire renvoyer de son travail. Il passait ses journées à se garder ivre, en se fichant de ses enfants. S’il s’adressait à nous, c’était pour crier. Il en vint à nous frapper, surtout moi, car je m’interposais entre lui et mon frère ou ma sœur. Je les protégeais. J’étais la seule barrière, protection entre eux et l’univers. Un univers glacé, brutale, où l’enfance est bafouillé, arraché à froid pour ne jamais pouvoir être retrouvé. Je me sentais incroyablement insignifiant. Je sacrifiais tout pour eux. Je me serais jeté dans les eaux noires du port si cela avait pu rendre leur existence plus douce, plus digne. Et c’était dur. Vraiment. Voir les petits pleurer de faim alors qu’on leur a déjà céder sa propre ration... Je l’ai connu, la vraie faim. Quand le dernier repas date de plusieurs jours, que le corps devient lourd, épuisé, douloureux. Que l’estomac se contracte violement, atrocement… Mais qu’il n’y a simplement plus rien à avaler. L’eau soulage un temps… Puis finit par être complètement inefficace. J’aurais été fouillé dans les poubelles si les voisins n’avaient pas eu la sale manie d’y mettre du poison pour repousser la vermine, mais je ne pouvais définitivement pas risquer un empoisonnement alors que la ligne de téléphone était coupée depuis belle lurette. Et puis… J’étais terrifié à l’idée qu’on m’enlève mes cadets.
Les adultes et leur conception de ce qui est bien ou mal… Je n’avais simplement plus confiance. Mes parents avaient su m’implanter une méfiance farouche pour tout ce qui n’était pas mon frère et ma sœur. Je me tenais là, tous simplement, défiant le monde entier du haut de ma silhouette carencée, la peur se teintant de rage et s’avivant avec la faim.    

Sauf qu’un soir, Ivan dépassa les borgnes… Katya, dans sa maladresse d’enfant, se prit les pieds dans le vieux tapis miteux du salon et renversa une bouteille de vodka. Et notre père perdit le peu de lucidité qu’il avait par moment –c’est dans ces temps-là qu’il nous ramenait de quoi s’alimenter un peu, plutôt qu’une de ces stupides bouteilles d’alcool médiocre- et entra dans une rage noire. L’effroi noua mon estomac quand je le vis lever la main pour frapper la petite qui était tétanisée par la peur, du haut de ses trois ans. Je n’eus que le temps de me jeter entre les deux pour éviter que Katya ne se prenne un coup d’une violence que, même moi, je n’avais jamais connu. Je fus projeté contre la table du salon, à travers les bouteilles vides et les mégots de cigarettes, qui se renversa sous l’impact, ma tête cognant brutalement le meuble avant qu’une partie de ce qui était dessus ne me tombe dessus dans un vacarme assourdissant. La douleur était sourde à travers mon était de semi-conscience. Il me semblait vaguement que quelque chose clochait avec mon épaule, mon bras. Il y avait du sang qui coulait, chaud, sur mon visage. Ma joue traînait dans les éclats de verre. Un pied heurta violement mon ventre. J’avais faiblement gémit, me contentant de le regarder, perdu, dans le vague.

Et je ne comprenais toujours pas. Trois ans plus tard, j’étais encore là, pathétique, à essayer de comprendre. J’aurais juste voulu déchiffrer tout ça. Qu’est-ce qui faisait qu’un père frappait ses enfants? Qu’une mère les abandonnait? Pourquoi une bouteille de vodka était plus importante que nous? Pourquoi étions-nous là, si c’était pour ça? On ne servait à rien, on était un poids, une charge. Où était passé mon père contre qui j’allais me blottir, le soir, et qui, malgré sa fatigue, me donnait quand même un peu d’attention? Celui d’avant. Quand ça allait mieux. Quand maman ne pleurait pas aussi souvent et que papa claquait moins la porte. Où étaient-ils? Pourquoi était-il si furieux, si laid? Ses traits étaient tellement grotesques, déformés par une rage stupide. Et pourtant, j’étais là, à ses pieds, incapable de bouger, incapable de faire quoi que ce soit… Mais toujours à espérer quelque part, au fond de moi. Je fantasmais à l’idée que son visage se décompose, qu’il se laisse tomber à genoux pour me prendre, me serrer contre lui et simplement s’excuser. J’aurais voulu ça. Et je lui aurais tout pardonné. J’aurais fait fi de ces trois années de calvaire et me serait accroché à lui. Mais ça n’arriverait pas. Parce qu’Ivan, brutalement, se détourna pour foncer vers la porte et quitter l’appartement en la claquant, nous abandonnant encore derrière. Émiettant mes espoirs vains.

Tout ça. Mon existence. Ce n’était rien. C’était insignifiant. C’était bête. Et ce qui arrivait était illogique. Je n’arrivais pas à saisir. Et même vingt-sept ans plus tard, je me demanderais toujours... Mais où était la logique derrière tout ça? Et surtout… Pourquoi?  
Je ne me souviens pas de ce qu’il s’est passé exactement, par la suite, ayant perdu conscience, mais je me réveillais dans un lit d’hôpital, un bas enserré dans un plâtre et la tête et le côté du visage recouvert d’épais bandages. Sonné par les antidouleurs, je ne m’inquiétais de rien sur le coup, ni de mes cadets, ni de mon père… Mais la réalité ne tarda guère à me rattraper, me faisant paniquer. Où étais-je exactement? Et Foka? Katya? Je devais les retrouver! Il fallut m’attacher, me mettre sous calmants, pour que je ne me blesse pas en essayant de partir à la recherche de ma fratrie. Je ne coulais rien entendre. On avait beau m’expliquer qu’ils étaient en sécurité, qu’Ivan ne nous ferait plus jamais de mal, que c’était terminé… Non. Ils ne comprenaient rien. Ils n’étaient pas en sécurité sans moi. Et ce n’était pas terminé.

Ça ne faisait que commencer. Ça n’aurait jamais de fin.

J’allais les perdre.

Je restais alité quelques jours avant d’être envoyé dans un orphelinat. Quel soulagement de retrouver les petits! Les moyens de l’orphelinat étaient maigres, mais il y faisait chaud et il y avait à manger. C’était suffisant. De quoi nous remplumer. Surtout pour Foka et Katya qui étaient en meilleur état que moi. Faut dire que j’angoissais tellement à l’idée de les perdre que ça nuisait à mon rétablissement. Les éducatrices étaient, certes, adorables, mais je refusais leur attention, leurs tentatives pour prendre soin de moi. J’avais trop été trahi, trop déçu. Je n’avais plus foi en qui que ce soit. Je repoussais tout le monde, excepté mes deux protégés. Et la moindre interaction de qui que ce soit avec mon frère et ma sœur était étroitement surveillé par ma personne. Je me méfiais. Je craignais qu’on les emporte. De quoi finir paranoïaque… Et on me donna raison quant à ma méfiance et ma peur, puisque Katya fut adopté et emmené par un couple sans que je ne le sache, sans qu’on me laisse au moins la possibilité de lui faire mes adieux. De la serrer une dernière fois. Je pétais un plomb en le découvrant. Je hurlais, pleurais, frappait, mordait, faisait mal à quiconque tentait de m’approcher pour me consoler, me résonner. Je sanglotais jusqu’à l’épuisement totale. Jusqu’à ce que tout mon corps me fasse mal et que je n’ai plus la force, que je sois étourdis et nauséeux. On me porta jusqu’à mon lit et je me recroquevillais dedans.

Ma tête était lourde, confuse. J’étouffais d’une détresse trop grande pour mon propre corps. J’angoissais à m’en gruger les doigts presque à l’os. J’étais horriblement choqué, malheureux. Plus que je n’avais pu l’être face aux trahisons de mes parents. On m’avait enlevé ma sœur. Ma Katya! Je m’étais débattu pendant trois ans pour mon frère et ma sœur. J’avais fait ce qu’aucun adulte n’avait été foutu de faire. Et eux, ces adultes, ces inconnus avec de beaux discours, ils jugeaient que c’était mieux de nous réparer? De quel droit? Comment pouvaient-ils prendre des décisions aussi idiotes? Sans cœur?

Je m’accrochais sur Foka, pour m’occuper, pour essayer de ravaler ma peine. Il était encore là, à ne pas trop comprendre, à l’instar de mon égarement lorsque notre mère nous avait abandonné. Il me demandait quand Katya reviendrait. Quand son «nouveau» papa et sa «nouvelle» maman viendrait nous chercher aussi. Et ça me faisait mal au cœur. Je ne savais pas quoi lui dire. J’aurais eu envie de me fâcher, de lui hurler de se taire… Mais je ne pourrais jamais faire ça. Je pouvais hurler sur le monde entier, déchaîner ma rage, ma rancœur… Mais pas sur mon petit frère. Je n’étais que tendresse, patience et dévouement pour lui tout comme je l’étais pour Katya. Je me contentais  de le serrer, prétendre ne rien savoir. Je mentais. Et je détestais lui faire ça… Mais si j’avais dû lui expliquer la réalité. Je crois que je me serais écroulé. Le dire, ça aurait été comme l’accepter. ET je ne pouvais pas. Ou je m’écroulerais… Définitivement.

Quelques mois plus tard, c’était Foka qu’on m’enlevait. Le peu qu’il me restait  d’univers se démantelait. Je n’avais plus de raisons de vivre. Plus de buts, de motivation. J’avais envie de me recroqueviller dans un coin et disparaitre. Il y eu bien un ou deux couples qui vinrent me voir, mais je ne voulais pas quitter l’orphelinat. Je ne voulais pas d’une… Nouvelle famille.  Je voulais celle qu’on m’avait enlevée. Et ça désespérait les éducatrices. Parce que je n’aidais pas mon cas, qu’à mon âge, j’étais plus difficile à adopter. Je m’en foutais. Je ne voulais pas de ces conneries fausses. Je fuguais, je me perdais, on me ramenait, j’étais punis. Je ne sais combien de fois ça arriva. Et c’était stupide, parce que je ne retrouverais pas Katya ou Foka comme ça. Mais j’étais un enfant perdu. Je me battais, je tenais tête, je bravais le personnel. J’avais de la hargne, j’étais malheureux.

J’en voulais au monde entier.    

Je ne savais pas comment me comporter avec les autres enfants. Je n’avais plus aucune patience, je prenais tout comme une agression. Et au final, même les gamins ne voulaient plus m’approcher. J’étais une petite terreur. Je n’avais plus peur. On m’avait déjà tout enlevé, après tout. Mais j’étais continuellement en colère.  

Quand j’eus dix ans, on me changea d’orphelinat pour me placer avec des gamins dont l’âge variait entre dix et dix-sept ans. Il n’y avait plus vraiment de chances d’adoptions possibles. C’était surtout une façon de nous parquer dans un endroit avant notre majorité où on serait balancer dans la nature sans soutient quelconque. De futurs déchets de la société. Des criminels, des drogués, des alcooliques en devenir. Et il ne fallait pas se faire d’illusion. Si jamais on était… Adopté… Ce serait probablement pour être enfoncé dans un trafic humain quelconque… Définitivement pire que d’être un déchet libre. Oui, le mot «libre» faisait une différence énorme et même à 10 ans, j’en avais profondément conscience. Cet endroit était définitivement différent… Le mot «survie» prenait un nouveau sens. Il n’y avait pas de temps de repos, de relâchement. Il fallait toujours surveiller ses arrières. Insultes, coups, vols, c’était le commun. Le quotidien. Et les plus vieux abusaient sans gêne des plus faibles. Et si aujourd’hui, j’en impose, dans ce temps j’étais un gamin un peu plus grand que la moyenne, mais définitivement malingre. Et j’écopais. Parce que j’étais une forte tête caractérielle qui fonçait sans trop réfléchir. J’étais persécuté. Je ne me laissais pas faire, les coups devenaient plus brutaux, plus vicieux jusqu’à ce que je ploie… Que je me recroqueville par terre… Jusqu’à la prochaine brimade.    

Et puis il arriva quelque chose de totalement loufoque. On m’annonça que j’allais être adopté. Pas une rencontre. On voulait juste de moi. On allait venir me chercher. J’ai paniqué. Trop d’histoires de jeunes garçons qui finissaient sous les mains d’hommes sans morale. J’ai voulu fuguer la veille. C’était la première fois que je le faisais dans le but de fuir et non de chercher Katya et Foka. Sauf qu’un des vigiles me tomba dessus et me ramena jusqu’à mon lit. Je ne fermais pas l’œil de la nuit. C’était la première fois que j’avais vraiment peur pour… Moi. J’avais eu peur pour mes cadets, j’avais continuellement peur pour eux. Mais pour moi? Et pourtant j’étais mort de trouille. Demain, j’allais me retrouver… Je ne savais où. Et puis le moment fatidique vint. Je me retrouvais devant un couple qui me balbutiait maladroitement quelques phrases basiques en russe avec un accent excessivement bizarre. Je n’y comprenais pas grand-chose jusqu’à ce qu’une interprète m’explique que… Mes «nouveaux parents» allaient me ramener aux États-Unis.
Je ne sais pas si c’est le terme «nouveaux parents» ou notre destinations qui me choqua le plus. J’eus beau protester, rien à faire. Et trois jours plus tard, j’étais dans cette ville… hétéroclite.

Bethania.

C’était… Tellement différent. J’étais perdu dans une culture, une langue différente. La technologie me laissait aux abords du traumatisme. C’était le dépaysement total. Et puis mes habitudes qui s’étaient avérés si judicieuses à l’orphelinat devenaient bien obsolètes. Plus besoin d’avaler mon assiette en mastiquant à peine. Personne ne viendrait me la voler. Pas besoin de rester constamment tendu, sur mes gardes, personne ne venait lever la main sur moi. En fait, Thomas et Martha se révélaient être des personnes particulièrement patientes qui ne levait jamais le ton contre moi. Pourtant, je restais terriblement méfiant, tendu. J’avais peur. J’étais angoissé. Et ce malgré les petites attentions qu’on me donnait. Je n’arrivais pas à comprendre que ça puisse être gratuit et je cherchais toujours ce qui se cachait derrière les petits gestes anodins. Je faisais des montagnes pour rien, je pétais les plombs. J’étais infernal. Ça prenait des riens pour que je cris, que je brise des trucs et que j’aille m’enfermer dans ma chambre.

Et ils m’enduraient… Mais je ne croyais pas que ça continuerais longtemps. J’étais persuadé qu’ils finiraient par m’abandonner. C’était ce que j’avais toujours vécu, pourquoi ça aurait été différent cette fois? Et pourtant, Martha continuait de venir me voir dans ma chambre pour essayer de me faire apprendre l’anglais. Elle ne savait jamais en rentrant dans ma chambre si j’allais coopérer ou non. Certaines journées, je pouvais me montrer concentrer pendant des heures. Et d’autres, je refusais complètement d’articuler ne serais-ce qu’un seul mot. Et je voyais bien que parfois, elle était découragé, lasse. Et je savais que je lui faisais du mal en refusant les contacts, en refusant de lui sourire. Mais j’avais peur de m’attacher et de souffrir quand elle déciderait de s’en aller et de m’abandonner. C’était une question de temps et je refusais de vivre encore le déchirement que m’avait procuré le départ d’Eva sept ans plus tôt. Et il y avait Thomas. Il avait essayé de m’intéresser au football américain, au baseball, rien à faire. Il avait tenté la mécanique, m’emmenant avec lui à son garage. Non plus. Je n’essayais même pas d’écouter. Je surveillais tous ses gestes quand il était près de moi. Je n’en attendais ni plus ni moins que d’Ivan. J’attendais le premier coup quand je briserais un énième objet ou que je crierais une insulte de plus. Quelque part… Je la voulais cette claque. Ce coup. Pour que ça me confirme ce que je croyais, pour que je puisse me dire que mon comportement était vraiment justifié. Il ça passa de proche.

Thomas avait une magnifique mustang. Un très vieux modèle, rien à voir avec ce qui se faisait maintenant, et qui demandait un entretien précis. Il adorait cette voiture. C’était son petit bijou. Et j’ai fait exprès de balancer une grosse clef sur l’aile, à l’arrière. Sous son nez. Parce qu’il m’avait demandé d’aller acheter de l’huile à une station-service à deux cent mètres de la maison et que ça m’emmerdait. Je ne l’avais jamais vu aussi furieux… (et c’était justifier!) il m’a saisi par les épaules, fort à m’en faire grimacer et m’a dit brutalement de rentrer directement à la maison. Puis il m’a repoussé sèchement avant de s’intéresser à la taule cabossé, en râlant dans sa barbe des choses que je ne comprenais pas, mais qui ne semblaient pas très gentille. J’ai tourné les talons sans un mot et je suis allé directement dans ma chambre. J’avais vraiment touché quelque chose de sensible, mais je refusais de voir la réaction… Comme justifié. Je voulais me casser. Retourner en Russie et chercher Foka et Katya. J’en avais marre.

Et dans la nuit, j’ai fait le truc le plus con que j’ai jamais fait de ma vie. J’ai attendu qu’il soit trois heure du matin, je me suis levé, j’ai enfilé des vêtements, volé de l’argent dans le portefeuille de Martha et les clefs de la mustang… Et je suis partie avec la voiture. J’étais grand pour mon âge, mais c’était franchement poussé. J’avais du mal à tenir mes pieds sur les pédales. Mais je m’en foutais. J’étais un gamin paumé et con. J’ai causé de tort à personne, mais je me suis retrouvé sur le bas chemin après trois ou quatre tonneaux. J’étais chanceux, je ne me suis fait que quelques coupures bénignes et une sacrée frousse. Sauf que je ne faisais pas le fier au poste de police avec un type du SpeC qui me regardait sévèrement. J’avais un anglais franchement maladroit, je ne comprenais pas vraiment ce qu’il me disait, la gorge serrée à l’idée d’un Thomas… Complètement hors de lui. Et le fait que ce soit lui qui venait me chercher… Ne m’aidais pas à me calmer. J’angoissais, j’en tremblais. Et personne ne cherchait à me rassurer. Faut dire que j’avais amplement mérité tout ce qui pourrait m’arriver quand Thomas arriverait. Je n’en menais pas large quand je l’ai vu. Il était… Blanc. Comme un drap. Il a parlé un moment avec le Spec sans me regarder, a signé quelques papiers, puis m’a fait signe de le suivre. Je lui ai emboité le pas, muré dans le silence. Pas un mot échangé sur le chemin du retour. J’étais persuadé que c’était finit. Il allait me frapper et m’abandonner. Ou alors il me tuerait simplement. Personne ne s’occuperait de la disparition d’un petit con de russe qui ne servait à rien. Et j’en tirais un sentiment d’angoisse si vif que j’arrivais à peine à respirer. Mes mains tremblaient, j’avais la nausée. La voiture s’est stationnée dans l’allée… On est rentré. Je savais plus où me mettre. Thomas s’est finalement tourné vers moi. Je n’osais même pas le regarder, honteux et mort de peur. Il a fait un pas vif vers moi, j’ai voulu reculer, fuir, mais il m’a attrapé.

Et il m’a serré de toutes ses forces contre lui.

Je ne savais pas comment réagir. J’étais tétanisé. Et lui… Lui, il tremblait, me palpait pour être sûr que je n’étais pas gravement blessé… Et du peu que je comprenais dans tout ce qu’il disait… Il avait eu peur. Il était inquiet pour moi. Et moi je restais figé, les yeux grands ouverts dans le vague. Je n’arrivais pas à comprendre. Comment lui, un homme dont je n’étais même pas le fils… Alors que mon propre père avait jugé qu’une bouteille de vodka bas de gamme valait plus que ma santé… Comment pouvait-il trembler pour moi alors que j’avais bousillé sa précieuse voiture de collection? Il aurait dû être furieux. Me détester. Me briser les os. Et non, là, il me serrait contre lui et je sentais son cœur battre la chamade, ses mains tremblé en me serrant. J’ai pensé à cette fois. Ce fantasme que j’avais eu, des années plus tôt. Ce désir de voir Ivan laisser tomber son masque ridicule de haine pour me prendre, me serrer alors même qu’il m’avait réduit en morceau. Thomas le faisait. Il faisait ce que j’avais toujours attendu qu’on fasse pour moi alors qu’absolument rien ne l’y obligeait. J’ai craqué. Je me suis accroché comme j’aurais voulu m’accrocher à Ivan et j’ai fondu en larmes. En gros sanglots. Je ne contrôlais plus rien et je pleurais… Pour tout. Pour Eva partie, pour les trois gamins affamés et frigorifiés, pour Ivan l’indigne, pour la froideur de l’orphelinat, pour la perte de Katya, les questions de Foka auxquelles je ne pouvais répondre, quand il était partie, pour chaque fois que j’avais finis par terre, écrasé de douleur devant les pieds d’un bourreau plus vieux, pour ma peur, mon angoisse, mes déceptions, ma honte et ma colère. Et parce que ça faisait presque un an que je rejetais inlassablement des personnes que je ne méritais pas. J’ai pleuré en balbutiant des « sorry » jusqu’à l’épuisement, jusqu’à m’endormir contre son épaule et qu’il me porte dans mon lit.

À partir de là, j’ai drastiquement changé d’attitude à l’égard de Martha et Thomas. J’étais maladroit comme un gamin de 5 ans à chercher leur affection ou leur attention, mais ça leur faisait tellement plaisir. Surtout à Martha. À partir de là, j’ai vraiment pu m’améliorer en anglais pour pouvoir aller à l’école. Le bordel. Les idiots qui pensaient à emmerder le nouveau à l’anglais un peu maladroit ont découvert qu’ils risquaient trop de frais chez le dentiste pour que le plaisir de m’enquiquiner n’en vaille la peine. Ça désolait mes… parents. Ouais, ça désolait mes parents. Et après quelques hésitations, Thomas m’a fait suivre des cours de Systema. Sur le coup, il y a de quoi se demander c’était quoi l’idée d’apprendre à un gamin qui se battait avec une hargne pas possible un art martial. Mais avant de juger, il faut se pencher sur les principes de la Systema. En effet, le principe consiste principalement à contrôler sa respiration, à savoir garder son calme, rester détendu et bien éveillé face à des situations qui pourraient être perturbantes. L’idée n’est pas de porter des coups dévastateurs –non, non, Thomas ne comptait pas faire de moi une brute!-, mais plutôt de jouer sur les différents leviers et points de pression du corps humain pour mettre un adversaire par terre en faisant le moins de mouvements possibles. La Systema étant un art martial russe, ça me plaisait rester accrocher à un bout de ma culture. Mon prof parlait parfaitement cette langue et ça me faisait du bien de pouvoir lâcher un peu l’anglais de temps en temps.
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Михаил Иванович Котов (Chaaaaat!)

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